Ce mois de juillet marque l’apparition en France d’une maison encore peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique : EGM Cigars. Son parcours mérite qu’on s’y attarde, tant il illustre une mutation singulière dans l’univers du cigare premium : celle d’un négociant devenu créateur de sa propre signature aromatique.
Des origines suisses à une vocation de créateur
L’histoire commence en 2017 à Chiasso, en Suisse, sous l’impulsion d’Ettore Gabriele Moraschinelli. La société consolide ensuite ses opérations à Balerna, dans le canton du Tessin, une région qui s’est imposée comme un carrefour logistique pour le tabac de prestige, entre conditions de conservation optimales et tradition de négoce international.
Le tournant survient en 2022, avec le lancement des Dominican Puros. Face aux tensions d’approvisionnement que connaît le monde du Habano, EGM choisit une voie ambitieuse : ne plus seulement distribuer, mais concevoir ses propres mélanges, sans chercher à imiter Cuba, mais en proposant une écriture aromatique qui lui est propre.
Le terroir du Cibao, une signature dominicaine
La maison ancre son identité dans la vallée du Cibao, en République Dominicaine, un terroir dont la richesse minérale et la stabilité climatique rivalisent avec celles de la célèbre Vuelta Abajo cubaine. EGM y cultive des lignées génétiques historiquement cubaines, adaptées à cette terre :
- Criollo ’98, pour sa robustesse et sa profondeur aromatique
- Corojo, pour la finesse de sa texture et les teintes rougeâtres de sa robe
Particularité notable : cape, sous-cape et tripe proviennent d’un seul et même terroir, ce qui confère à chaque module une remarquable cohérence sensorielle.
Le geste du torcedor, un héritage perpétué
La fabrication a lieu à l’usine ABAM, à Saint-Domingue, où des torcedores expérimentés roulent chaque module Totalmente a Mano, avec une tripe longue (Tripa Larga) garante d’une combustion régulière et d’une évolution aromatique en plusieurs temps.
Le Bleco, une pièce d’anthologie
Parmi les formats de la maison, le Bleco tient une place particulière. Son nom rend hommage au Malecón, la célèbre promenade du front de mer de La Havane, que les habitants surnomment affectueusement « Bleco ». Construit dans le format cubain 109 avec une tête tombante (cabeza tumbada), il illustre une prouesse de construction rarement rencontrée hors de Cuba : une concentration optimale des huiles au moment du tirage.
Une gamme pensée comme un vocabulaire cubain
La Collection Debut d’EGM emprunte son lexique aux vitoles historiques cubaines, tout en leur donnant une identité propre : Encantos (format Laguito No. 1), Robustos, Poderosos (inspirés du célèbre Behike 56), Diademas, ou encore Ninfas, longilignes et évocatrices de l’Art Nouveau. Une ligne plus confidentielle, Empyrean, propose des tabacs vieillis au minimum cinq ans, saluée par la critique spécialisée pour sa complexité.
Notes de dégustation et art de l’accord
La signature aromatique d’EGM se distingue par sa douceur et son harmonie : des notes de bois de cèdre, de miel d’acacia et une fraîcheur rappelant l’eucalyptus. Sur le plan de la dégustation, certains amateurs associent les formats les plus fins à un cognac âgé ou à un armagnac boisé, tandis que les formats courts se prêtent volontiers à un café pur origine, dont les notes crémeuses font écho à celles du tabac.
Une maison à suivre
Entre héritage cubain et signature dominicaine assumée, EGM Cigars incarne une génération de maisons qui refusent de choisir entre tradition et création. Une écriture aromatique que les amateurs curieux découvriront avec intérêt cet été.
Cet article a une vocation strictement culturelle et pédagogique, conformément à la loi Évin. Fumer tue.
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