Dans le panthéon des produits de luxe, peu de noms inspirent autant de respect que Padrón. Plus qu’un simple fabricant de cigares, Padrón est une dynastie, une légende forgée dans l’exil, la résilience et une quête intransigeante de la perfection.
Chaque cigare qui porte leur nom n’est pas seulement un assemblage de tabacs d’exception : c’est le chapitre d’une histoire de survie et de triomphe, un témoignage roulé à la main de la volonté indomptable d’un homme et de sa famille. Pour comprendre Padrón, il faut regarder au-delà de la fumée et découvrir la saga humaine qui commence dans les champs fertiles de Cuba, traverse les épreuves de la révolution et de la violence, pour finalement bâtir un empire mondial, un cigare à la fois.
1. Les racines cubaines : un savoir-faire ancestral
Pour saisir l’excellence des cigares Padrón, il est essentiel de remonter à leurs origines, profondément ancrées dans la plus célèbre région productrice de tabac au monde. Le savoir-faire de la famille n’est pas né à Miami en 1964, mais s’est perfectionné sur plusieurs générations sous le soleil cubain.
L’héritage de Pinar del Río
L’histoire commence au milieu du XIXᵉ siècle, lorsque Damaso Padrón, le grand-père du fondateur, émigre des îles Canaries vers Cuba. Comme beaucoup d’insulaires avant lui, il trouve du travail dans les champs de tabac de la province de Pinar del Río.
Avec le temps et le labeur, la famille passe du statut de simple travailleur à celui de propriétaire, acquérant des fermes et même une fabrique dans la ville de Piloto. Ce lieu deviendra si emblématique qu’il donnera son nom officiel à l’entreprise : Piloto Cigars Inc.

La révolution et l’exil
José Orlando Padrón, né en 1926, grandit au cœur de cette tradition. Sa vie bascule avec la Révolution cubaine. Après avoir brièvement quitté l’entreprise familiale pour gérer une mine de cuivre, il rejoint la lutte contre la dictature de Batista en tant que lieutenant dans l’armée clandestine de Fidel Castro, attiré par les idéaux démocratiques proclamés.
Cette participation active rend sa rupture avec le mouvement d’autant plus profonde lorsque le régime dérive vers le communisme. Après la nationalisation de la ferme familiale, il est contraint à l’exil en 1961. Son périple le mène d’abord en Espagne, puis à New York, avant de s’établir finalement à Miami en 1962.
Cet arrachement brutal à sa terre natale, à son héritage et à une cause qu’il avait soutenue sera le catalyseur d’une ambition qui redéfinira le monde du cigare.
La perte de tout ce que sa famille avait construit à Cuba n’a pas anéanti son esprit ; elle a au contraire allumé la flamme d’une détermination farouche à tout reconstruire, à partir de rien, sur le sol américain.
2. Le marteau et le rêve américain : la fondation d’un mythe
L’histoire du petit marteau n’est pas une simple anecdote dans le folklore de Padrón ; c’est le mythe fondateur de l’entreprise. Il est le symbole puissant d’une éthique de travail et d’une persévérance qui, aujourd’hui encore, définissent l’âme de la marque.
Le symbole du martillito
À son arrivée à Miami en 1962, José Orlando Padrón est un réfugié parmi tant d’autres. Il reçoit une aide gouvernementale de 60 dollars par mois, une somme qu’il perçoit comme un fardeau pour son pays d’accueil.
Un jour, un ami, Raul Fernandez, lui demande s’il a des compétences en menuiserie. Sur sa réponse affirmative, il lui offre un petit marteau — el martillito — et l’encourage à s’en servir. Cet humble outil devient instantanément le symbole de son indépendance et de sa volonté de s’en sortir par lui-même.
Des débuts modestes
Armé de ce marteau, José Orlando travaille sans relâche. Jardinier le jour, menuisier la nuit, il enchaîne des journées de 18 heures. Grâce à ce labeur acharné, il parvient à économiser les 600 dollars qui lui permettront de réaliser son rêve.
“My dream was to save enough money to open a factory to make great cigars, like the ones we used to smoke in Cuba.”
La naissance de Padrón Cigars
En septembre 1964, ce rêve devient réalité. Avec ses 600 dollars, il ouvre une petite boutique à Miami. La production est modeste : un seul rouleur (torcedor) confectionne environ 200 cigares par jour, destinés à la communauté des exilés cubains qui regrettent les saveurs de leur patrie.
3. La « seconde Cuba » : l’expansion au Nicaragua
La découverte du Nicaragua ne fut pas une simple expansion géographique, mais la décision stratégique la plus importante de l’histoire de Padrón.
La quête du terroir parfait
Au début, José Orlando utilise du tabac Connecticut Broadleaf, mais il trouve ses longues exigences de séchage trop contraignantes. Le tournant a lieu en 1967, lors d’une rencontre avec un représentant d’une société de tabac nicaraguayenne.
Intrigué, il se rend personnellement dans la vallée de Jalapa. Il y découvre un sol et un microclimat si similaires à ceux de Pinar del Río qu’il est convaincu d’avoir trouvé la « seconde venue de Cuba ».
L’établissement à Estelí
En 1970, pour satisfaire une demande croissante et accéder à une main-d’œuvre qualifiée, Padrón déplace ses opérations de fabrication à Estelí, au Nicaragua.
Cette décision fonde le modèle d’intégration verticale qui caractérise toujours la maison : contrôle total de la culture, de la fermentation et de la fabrication.

4. Forgé dans le feu : la résilience face à l’adversité
Le succès de Padrón n’est pas seulement le fruit de la qualité de son tabac, mais aussi d’une capacité de survie hors du commun.
Les bombardements à Miami
En 1978, mû par des considérations humanitaires, José Orlando participe à un dialogue avec Fidel Castro visant à libérer des prisonniers politiques. L’initiative aboutit à la libération de 3 600 personnes, mais est perçue comme une trahison par des éléments extrémistes de la communauté cubaine de Miami.
Entre 1979 et 1983, les installations Padrón sont la cible de plusieurs attentats à la bombe.
La révolution sandiniste
Au Nicaragua, la guerre civile fait rage. En 1978, durant l’insurrection contre Somoza, l’usine Padrón d’Estelí est incendiée et réduite en cendres. José Orlando réorganise immédiatement la production dans d’autres locaux.
L’embargo américain
En 1985, le président Ronald Reagan impose un embargo sur les produits nicaraguayens. Padrón active alors une usine de secours au Honduras, créée dès 1979.
Lorsque l’embargo est levé en 1990, le retour à Estelí est triomphal, accueilli par des employés dont la loyauté n’a jamais faibli.
5. L’art de la qualité : une philosophie familiale
De la graine à la fumée
Padrón contrôle chaque étape :
- germination de ses propres graines
- culture sun-grown
- fermentation en pilones
- vieillissement prolongé
José Orlando évaluait le tabac en y plongeant son visage :
“Tiene buena nariz.”
L’innovation du box-pressed
En 1994, la Padrón 1964 Anniversary Series popularise le format box-pressed, améliorant combustion et régularité.
Les grandes lignes de la maison
- Padrón Series (1964) – fondation
- 1964 Anniversary Series (1994) – raffinement et équilibre
- Serie 1926 (2002) – puissance et hommage
- Family Reserve (2009) – expression ultime du vieillissement

6. Un héritage de reconnaissance mondiale
Padrón détient le record de Cigare de l’Année du magazine Cigar Aficionado (2004, 2007, 2009, 2021) et figure régulièrement dans les classements mondiaux.
Selon le Cigar Insider Retailer Survey 2024, Padrón est la marque la plus vendue pour 53 % des détaillants interrogés.
La maison reste familiale, aujourd’hui dirigée par Jorge Padrón, garant de la vision du fondateur.
Conclusion : le marteau, la famille et la postérité
La saga Padrón est une leçon de persévérance et d’intégrité. Le petit marteau n’a pas seulement servi à survivre ; il a bâti une dynastie.
« Quand Padrón est sur l’étiquette, la qualité est une question d’honneur familial. »
Padrón au Diplomate
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Ligne 2 – Padrón 60e anniversaire
Briquet S.T. Dupont Ligne 2 – Padrón, en laque marron mate et finitions or jaune, édité pour le 60e anniversaire de la maison Padrón.
Une pièce de collection alliant le légendaire Cling, la double flamme douce et un hommage subtil à l’univers du cigare.
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